Benjamin Guibert

Illustrateur 3D

Décris ton poste en 5 mots ?

L’infographie 3D et le motion design c’est d’abord beaucoup d’expérimentations et de création. Mais en réalité il faut être multitâche et toucher un peu à tout. Je participe également aux tournages et bien sûr je passe une part conséquente de mon temps à faire du graphisme 2D ou 3D.

Quel est ton parcours ?

Initialement je souhaitais être graphiste au sens classique c’est-à-dire me destiner plutôt au print. J’ai donc fait un bac pro communication visuelle de 2013 à 2015. C’est à cette occasion que j’ai découvert le monde de l’audiovisuel et le motion design, c’était encore embryonnaire à l’époque mais je sentais déjà qu’il y avait beaucoup de choses à découvrir à ce sujet.

J’ai ensuite passé 6 mois en licence d’histoire de l’art. Je n’ai pas continué dans cette voie mais c’était très intéressant et surtout très structurant. C’est à cette époque que j’ai pris le temps de lancer mes premiers projets personnels comme ma chaîne Youtube « Etonnarium ». J’y racontais des histoires insolites à propos de mythes et de légendes. J’ai notamment eu la chance de collaborer avec le Youtuber Axolot.

C’est aussi à cette époque que je suis arrivé à Paris où j’ai suivi deux formations à l’école MJM. La première, en 2 ans, m’a formé au montage vidéo et aux effets spéciaux. C’était une suite logique pour moi qui aimait le graphisme. J’avais envie d’animer et de donner vie à mes créations d’autant plus que j’ai toujours aimé réaliser des petits films. J’ai suivi une seconde formation d’une année où j’ai approfondi mes connaissances en motion design. En plus des cours c’est surtout l’alternance qui m’a intéressé. J’ai passé deux ans dans l’agence d’évènementiel Phénomène à Suresne.

Pourquoi as-tu choisi ce métier ?

Avant d’être un choix, c’est une passion. Je me suis toujours intéressé à la vidéo et j’étais en recherche constante de nouveaux moyens d’expression. D’ailleurs j’aime beaucoup le côté couteau-suisse de ce métier.

Il y a aussi un peu de hasard dans mon parcours. J’ai développé des compétences au fil des productions qui m’ont été confiées. Aujourd’hui ce sont la 3D et les tournages qui sont les composantes de ce métier que j’affectione le plus.

Pourquoi as-tu décidé de travailler en agence ?

J’aime beaucoup tester de nouvelles choses et je ne connaissais pas l’univers des agences. J’ai eu la chance de faire ma dernière année d’alternance chez Sweet Punk où le pôle motion a une place vraiment particulière. C’est comme une petite boîte de production à l’intérieur de l’agence, mais j’imagine que ça n’est pas le cas partout.

Quelles compétences (soft &hard skills) faut-il avoir ?

Sans aucun doute la principale qualité c’est la curiosité. C’est un univers où les tendances bougent très vite, parfois en l’espace de quelques mois et je pense que c’est important de rester à jour.

Ça ne concerne d’ailleurs pas uniquement l’esthétique, mais également les logiciels. Il y en a énormément qui sortent chaque année car il n’y a pas qu’un seul logiciel nécessaire à la réalisation d’une vidéo, ils sont nombreux. Par exemple, en ce moment je me forme sur Marvelous Designer, c’est un logiciel spécialisé dans la simulation de tissus et de vêtements, c’est très pointu. C’est en acquérant de nouvelles techniques qu’on peut repousser les limites des productions vidéo. C’est important de maîtriser le workflow entre les logiciels.

C’est évidemment un métier où il faut être créatif. J’ai observé que les tendances qui émergent sont bien souvent le résultat d’expérimentations. La 3D est un univers où il est encore possible d’expérimenter de nouvelles choses. C’est aussi un peu comme ça que l’on invente de nouvelles choses, le hasard a sa part à jouer dans la fabrication de nouvelles tendances.

Enfin je pense qu’il faut avoir une certaine humilité et savoir se remettre en question. Le piège c’est de rester figer dans un style et de ne plus être capable d’en sortir. Je pense qu’il est nécessaire d’avoir l’envie constante de se réinventer et de s’en donner les moyens.

Quelle est la journée type dans ton domaine ?

Ça n’existe pas dans ce métier ! Mes journées sont très variées. Au cours de mes dernières semaines je n’ai pas passé deux journées identiques. J’alterne entre de nombreuses tâches, des recherches graphiques, des tournages, des story-boards, de la création et de la production…

Mais c’est aussi propre à mes envies et à ma place dans l’agence. Par exemple je m’intéresse de plus en plus au tournage donc j’essaie d’y passer davantage de temps.

Penses-tu arriver à concilier ton job et ta vie personnelle ?

Je sais faire la part des choses mais les deux restent très liés. Je profite de mon temps libre pour créer et produire de nouvelles choses mais ça nourrit ma vie professionnelle. J’ai par exemple deux comptes Instagram @b.e-e.n et @been.photo. où je fais des expérimentations 3D mais aussi de la photo argentique, cela se retrouve nécessairement dans mon travail.

Quels conseils pourrais-tu donner aux jeunes qui veulent s’orienter en agence ou exercer ton métier ?

De rester curieux, d’expérimenter de nombreux supports d’expressions et de ne pas perdre le plaisir de créer. C’est notre personnalité qui nous distingue il faut donc savoir l’alimenter. J’aime m’inspirer sur Behance et sur Instagram mais cela peut également être anxiogène de voir cet océan de talents, il ne faut surtout pas se décourager.

Il faut également garder la tête sur les épaules pour être en mesure de se renouveler et trouver son équilibre entre sa propre personnalité et les différentes sources d’inspiration.

Je conseillerais également de ne pas se concentrer uniquement sur les inspirations digitales. Ma formation en histoire de l’art m’a enseigné de nombreuses choses sur des œuvres plus classiques. On y trouve des merveilles de composition, on en apprend beaucoup sur la lumière, les volumes, les couleurs. Il ne faut pas se nourrir uniquement des tendances actuelles il faut avoir un œil sur le passé pour pouvoir inventer l’avenir. Après tout l’art est un éternel recommencement.

Que pourrais-tu dire aux jeunes pour les faire venir (dans ton agence) ?

Sweet Punk est une agence où les projets sont vraiment diversifiés pour ma part je suis très sensible à cet aspect. Ici, une grande confiance est accordée aux créatifs. Toutes les équipes sont à l’écoute les unes des autres. On se cultive ensemble, grâce aux ressources de chacun. Il y a énormément d’échanges constructifs, beaucoup de partage de savoirs, de compétences mais aussi d’envies ! Et puis l’ambiance y est vraiment très sympathique.

Comment vois tu l’évolution de ton métier dans 5 ans ?

Je pense qu’il va y avoir de plus en plus de passerelles avec d’autres technologies. On voit par exemple se développer la réalité augmentée et la réalité virtuelle, il y a encore beaucoup de choses à inventer dans ce sens. Je crois également beaucoup à la collaboration avec des intelligences artificielles qui permettent de repousser encore davantage les limites des possibles. De plus en plus de tâches s’automatiseront et rendront la production moins fastidieuse.

Aujourd’hui la 3D est encore largement employée pour illustrer des éléments réels, en publicité cela se traduit souvent par la modélisation de produits mais je pense que dans les années qui viennent elle va davantage servir à réaliser des créations plus contemplatives, plus abstraites, moins factuelles. On arrivera à faire passer plus d’émotions, on traduira les messages différemment, on améliorera le ressenti à la faveur des sensations.

Mais en réalité c’est un métier qui évolue trop rapidement, c’est très difficile d’imaginer quelle métamorphose lui réserve le futur.